Pratiques collectives incarnées : la corégulation de groupe au service de la guérison globale
- Alexandra Kort

- 17 mars
- 7 min de lecture
(pour les danseurs de la Tribu Adam Barley et les sœurs de l’Élan du Cœur-Sophie Aucourt)
Cher.e toi,
Comment vas-tu ?
Comment respires-tu dans notre contexte global chaotique ?
Je te rencontre aujourd'hui avec l'élan d'écrire plus en détail au sujet des pratiques de groupe dont je me nourris depuis de nombreuses années.
Toutes ces heures de mouvement libre, cercles de partage, constellations familiales et systémiques, rituels ancestraux, ont tracé dans mes corps le dessin de leur médecine sacrée. Sa vue est si magnifique que je n'ai qu'une envie : la partager à l'infini.
Je ne rentre pas pour le moment dans le détail technique, spécifique à chacune d'elle, mais en tire plutôt un fil commun : la mise en partage de la pleine présence, des ressentis du corps et émotions; l'expression pure qui ouvre à une symphonie de résonances, aux ondes délicieusement guérisseuses.
Je t'invite à une lecture-voyage, à travers les espaces où l'être individuel trouve une reliance, au sein de collectifs contenants. Comme dans les bras enveloppants qui apaisent l'enfant en transition vers son identité propre. Une source de chaleur qui rappelle aux âmes, incarnées dans la séparation, la sensation d'Unité dont elles sont issues.
Une ressource précieuse en des temps si déstabilisants.
Assieds-toi confortablement, prends de profondes respirations avec moi.
Ensemble,
nous inspirons...
nous expirons...
au même rythme...
Connecte-toi à ton corps physique,
à notre souffle qui, peu à peu, s'enrichit de l'arrivée d'autres respirations, tranquilles.
Permets aux mots, leurs images et sensations, de te nourrir profondément.
De ma solitude à la tienne, ensemble


"Dans le frisson unique
qui court
le long des corps
de ce monde.
Je danse tes émotions
tu incarnes mes rêves.
J'inhale tes parfums
tu expires ma félicité.
Ô Ensemble sacré
je m'ouvre à toi.
Frères et sœurs bien-aimés,
je m'émerveille d'enfin vous retrouver."
(poème post-session de Danse des 5Rythmes en ligne avec Adi Argov, avril 2020)
BIENVENUE DANS LE CORPS COLLECTIF...
Une salle s'ouvre.
Des personnes sont déjà là.
Certaines sont allongées au sol, elles s'étirent, baillent, ferment les yeux. Certaines sont debout, s'agitent. D'autres marchent, de long en large entre tout le monde.
Il y a celles qui se replient, recréent leur espace de sécurité. Celles qui cherchent le regard, l'échange.
Dans cet instant de suspension, chacune arrive avec son état, son besoin, son humeur, son énergie, ses casseroles, ses rayons de soleil. Les unités se rapprochent en un même lieu, imprégnées de leur trajectoire singulière.
La pratique commence.
Une musique offre l'inspiration pour plonger dans le mouvement. Ou bien est-ce la voix d'une guide qui invite à se rassembler en cercle, ou un tambour qui induit l'harmonisation par les racines. Quelle que soit sa forme, un liant s'écoule dans les interstices qui séparaient les corps et sonne l'appel à la présence.
Ainsi les voix individuelles se mettent à parler.
Peu à peu, un tableau apparaît. La salle se teinte des couleurs apportées par chacune. Des mots ou gestes, dépendamment de la pratique, se créent des mélanges, émergent des reliefs.
Plus on plonge, étape par étape, plus les langues se délient.
Plus on écoute, plus ça parle.
À mesure que les unités s'expriment personnellement, le tableau global prend forme.
L'entité-groupe vient de naître et un souffle venu de plus loin l'anime.
Le corps collectif prend place.
Tangible, puissant, enveloppant.
Il nous dépasse, nous porte, nous emporte.
Dans le cadre posé et tenu, sa magie se déploie. Entre les murs visibles et invisibles de la salle-réceptacle, les antennes que nous sommes émettent et reçoivent les messages vivants que nous sommes venu.e.s entendre ou délivrer. En contributeurs et contributrices actives, mu.e.s par un élan à la fois personnel et altruiste, nous redynamisons les endroits que le quotidien, dans sa mécanique, engourdit. Nous célébrons le soulagement d'être ensemble, authentiques, en chemin vers plus de ce cœur qui en nous crie « encore, oui, stop, aussi, plus, assez... », ne demandant qu'à contribuer à l'équilibre naturel de nos existences inter-reliées.
… QUI ACCUEILLE ET PORTE...
Dans cette salle, absolument rien ne diffère de ce qui se joue en famille, au travail ou à la caisse du supermarché. Des affinités se créent. Des frictions s'allument. Rapprochements, agacements et malaises contribuent à ce jeu de miroirs plus ou moins déformants.
Progressivement les expressions autorisées, surgissant de nos êtres déliés par une écoute respectueuse et ancrée dans la loi de bienveillance, ouvrent à une vérité suffisamment sécurisée pour qu'elle ose sortir de ses cachettes.
Ce contenant permet.
Puis il accompagne et oriente.
Lorsque l'on accueille les ressentis et mouvements spontanés du corps, nos besoins primaux jaillissent. Forces et douleurs s'éveillent de concert.
Lorsque l'on parle de ce qu'on vit, à quoi on croit et pense, on prend conscience de ce qui nous anime autant que ce qui nous désole.
Lorsque l'on chante ensemble pour appeler la présence des ancêtres ou de la nature, tout notre être tremble. Parce que se mélangent la compréhension de notre manque cruel et l'exultation de ces retrouvailles.
Mon ami Jakub Moulis, facilitateur de mouvement, partage souvent cette intention qui me parle fortement : « danser, non pas pour se sentir bien, mais pour sentir plus ».
Et si c'était ça la révolution dont nous avons tant besoin ?
Ressentir plus, avec compétence.
Accueillir ce qui vient, sans plus en avoir peur ou s'y noyer parce que nous le portons ensemble. Parce que nous comprenons qu'au-delà de l'individu qui le montre, tout un monde parle, notre monde à toutes et tous. Ce qui sort du « moi » ne concerne en réalité que le « nous ».
Quand nous développons ce savoir-faire corporel, émotionnel et énergétique, nous permettons la circulation de toutes ces charges dont nous sommes des vecteurs si peu informés.
Et c'est là, dans le pulse collectif des individualités assumées, que ce flux qui, de toute façon nous traverse constamment, se libère. C'est une autorisation à ces énergies qui veulent transiter, ces émotions bouger, ces souvenirs se raviver.
Car les parois de cette salle sont poreuses,
le monde s'y invite, sans toujours s'annoncer,
et voilà que nous dansons les trésors enfouis autant que les cadavres d'un système en pleine purge,
et dont les dessous de tapis débordent...
Seul.e.s, ces passages peuvent être autant jubilatoires qu'écrasants. Ensemble, nous devenons un organisme à la force soutenante, protectrice, régulatrice et puissamment transformatrice.
Une présence invisible, hautement sensible, intelligente, organique, traverse les êtres.
La fatigue envahit l'espace, ou le feu s'embrase. Certaines se déposent au sol en douceur tandis que d'autres s'animent, certains pleurent une masse de larmes trop énorme pour que ce ne soit que les leurs, d'autres jouissent d'un bien-être extatique. Dans le groupe, tout le monde dépose et tout le monde prend, à sa mesure, en sa couleur.
La répartition n'est pas de notre ressors.
Seul le Mystère sait.
Nous l'aidons simplement à œuvrer en lui fournissant des outils rassemblés, réveillés.
Chacun.e à sa place. Ensemble pour le Tout.
Au fil de ces rassemblements, j'ai vu, vécu ou accompagné des dizaines et des dizaines de craquages, implosions, extases, euphories collectives, désespoirs, félicités apaisées, repos partagés... Tant de fois dans cet espace se révèle le besoin urgent de relâcher les pressions autant que se ressourcer. Et inévitablement, de mots entendus à mouvements partagés, le corps collectif voit advenir son homéostasie.
Il n'est rien que le groupe, uni en conscience et connecté au cœur, ne puisse libérer, transmuter, apaiser.

©Luna Buerger Photography
… RENDANT CHACUN.E À SA PLACE JUSTE ET VRAIE
Éric Laudière, facilitateur en constellations familiales dit de sa pratique qu'elle apporte « la corégulation dont nous avons manqué dans l'enfance ».
Se rassembler pour rendre visibles les dynamiques relationnelles et énergétiques qui nous accompagnent, les laisser s'exprimer dans un cadre contenant et sécurisé, à travers des volontaires se prêtant au jeu, et devant témoins (souvent appelés « humanité bienveillante »), c'est s'offrir la possibilité d'être entouré.e.s pour traverser les territoires gênants, douloureux, parfois enfermants, et pourtant si libérateurs, de nos existences. C'est rassurer notre système nerveux, si souvent réactif à l'environnement inflammatoire dans lequel nous baignons, en lui prouvant par le vécu qu'elle existe bien cette humanité bienveillante,
elle est là réunie, présente et fiable
elle apprend, pas à pas, à regarder ses blessures
et à se souvenir de ses incommensurables trésors
elle sait s'offrir les respirations, les regards, les égards
elle sait qu'elle a encore du chemin à parcourir
elle voit qu'à chaque traversée, continuer est possible
ouvrir toujours plus son cœur est possible
ressentir plus est possible
avancer
sourire
rêver
aimer...
ensemble
nous inspirons...
nous expirons...
au même rythme...
nos cœurs battent en cohérence
l'appel à vivre
ce qui dans nos tripes
vibre un potentiel infini.
Dans notre ré-union, ma joie exprime ton lâcher-prise. Ta colère nourrit mes limites.
Ma tristesse te traverse. Ta fuite autorise la mienne.
Je ressens tes failles, en elles je vois les miennes.
J'admire tes forces, et les miennes t'intriguent.
Plus tu déposes tes masques, plus je trouve le courage d'enlever les miens.
Plus tu révèles tes ombres, plus je suis curieuse de rencontrer les miennes.
Plus je reflète ta vérité, plus la mienne te révèle ses contours.
Plus nous prenons notre place, plus ce qui nous relie se dévoile. Nous, opposés complémentaires, semblables amplificateurs, et toutes les nuances entre-deux.
Au bout de la traversée, qu'elle ait été intense ou d'une délicate douceur, l'énergie dans la salle trouve sa suspension finale. Quelque chose dans l'air a changé. Le corps collectif a trouvé le chemin de son équilibre de l'instant, sous la guidance subtile de la personne qui a tenu l'espace tout du long. Les unités en ont été inspirées, régénérées, parfois déboussolées, dans tous les cas, touchées.
Chaque personne s'apprête à retrouver sa trajectoire propre, au dehors. La salle se refermera sur le processus alchimique de toutes ces couleurs partagées, qui à présent se diffuseront dans le monde.
Comme je l'ai tant entendu dire par mon mentor, Adam Barley : « C'est maintenant que commence la pratique. »
Quand l'essence de ce qui a été vécu,
trouve à se reverser
dans les méandres du quotidien...
Pour poursuivre en pratique, voici deux mixes imprégnés de ces vibrations de soutien collectif:
Supported to freely BE : les 46min de musique qui ont accompagné la session de mouvement libre que j'ai guidée en ligne en avril 2025, dans le cadre de la levée de fonds pour Adam Barley, en traversée d'un cancer. L'occasion pour moi de transformer le plus beau cadeau qu'il m'ait apporté jusqu'à présent, en une contribution publique : se sentir vu.e et soutenu.e pour être soi-même sans s'inquiéter du moindre jugement. Un mix déjanté qui te porte, pour te permettre de mieux jouer...
Le sanctuaire des deuils : un voyage de 53min, en mots et musique, que j'ai créé dans l'intention d'offrir un endroit sacré où se recueillir et déverser les émotions liées aux deuils. Un contenant tout doux, où te déposer.



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