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Donner corps à l'Histoire

  • kortalexandra
  • 6 sept. 2025
  • 6 min de lecture

Dernière mise à jour : 8 sept. 2025

Cher.e toi,


J'ai toujours autant d'intérêt pour ce qui t'anime, te traverse. Comment tu respires, comment la vie respire à travers toi.

Comment te sens-tu en ce moment ?


Moi, je m'installe dans cet espace de partage, juchée sur un fil tendu entre deux vives étapes de mon cheminement : remplie de ma récente visite aux plages normandes, habitée par le vent incessant et la collision des lignes de temps qui s'y chevauchent ; dans l'expectative de ma formation imminente à la pratique des constellations familiales et systémiques.


Ça me fait sourire. La vie et ses facéties... Quoi que soit à l'orchestration de nos existences, cette force est indubitablement magistrale et dotée d'un humour exquis.

Savais-tu que j'ai étudié l'Histoire à la Sorbonne ? Des années à la fois passionnantes et laborieuses, dont je fus, a posteriori, persuadée de l'inutilité. Mise à part l'acquisition d'une batterie d'aptitudes personnelles et d'une certaine version de notre passé collectif, j'avais relégué cette tranche de vie au classeur (assez fourni) des « expériences pour l'expérience ».

Et pourtant.

Vingt ans après (j'ai précisément soutenu ma maîtrise en 2005), voilà que mon intuition me guide vers la réouverture des dossiers de l'Histoire, mais cette fois-ci en y entrant par une autre porte : celle des âmes, des énergies et leurs dynamiques, dont l'impact se lit sur les trajectoires des vivants.

Vingt ans après avoir donné récits et analyses à l'Histoire, me voilà attelée à lui donner corps.


Aujourd'hui, j'ai l'envie de te partager le lien incarné que je développe avec l'Histoire. Ma relation à la superposition des époques, des sphères personnelle et collective. Comment je navigue cet océan qui me fascine, me trouble et me nourrit.


Une flânerie intime, inspirée de mon patchwork de ressentis, expériences et apprentissages. Ouverte aux échanges et échos de tes corps. Espérant toucher quelque chose de ce qui t'anime toi aussi.


Assieds-toi confortablement, prends de belles respirations avec moi.

Connecte-toi à ton corps physique et permets aux mots de venir résonner en toi...


De ma solitude à la tienne, ensemble





Danse-offrande, Juno Beach, 11/11/2024. Image: Julie Bongiovanni
Danse-offrande, Juno Beach, 11/11/2024. Image: Julie Bongiovanni

UN JOUR LE CARREFOUR PRIS VIE

c'était en avril 2023.

J'habitais depuis presque 3 ans en Normandie dans l'Orne, terre de mes ancêtres maternels, après un retour forcé du Canada où j'avais vécu 5 ans. Je vivais là, tentant au mieux de prendre soin de ce deuil douloureux, et profondément secouée par ce qui me semblait être une chirurgie de mes racines. Quand une précieuse amie et son fils sont venus de l'autre côté de l'Atlantique pour me voir, au commencement de leur premier voyage européen ensemble. C'est à cette occasion que j'ai visité pour la première fois l'un des cimetières militaires canadiens, ainsi que le Juno Beach Center, musée dédié au débarquement des troupes canadiennes sur la côte normande.


Bien que je sois allée des centaines de fois sur ces plages depuis ma naissance, jamais ne s'était ouverte en moi la connexion vibrante avec ce passé-là.

Bien que j'aie cohabité pendant 3 ans avec les traces de la guerre, les drapeaux canadiens et l'ombre des récits de ma grand-mère, jamais n'avait pris vie le carrefour en moi.


Ma mère est normande, mon père est allemand, mon cœur est canadien.


Grâce à la présence de ma famille de cœur, un pont s'est établi entre ces trois empreintes identitaires. Elles se sont instantanément assises à ma table intérieure et, depuis, elles se regardent. Ça tire dans un sens ou un autre, dans le calme ou l'impétuosité. Il y a là une réserve d'énergie considérable qui a enclenché la nouvelle phase d'une quête intime, entamée il y a longtemps déjà. Cette source m'anime d'un besoin régulier de me connecter aux lieux, aux traces glanées de mon histoire et celle des autres, tout pendant que s'éveille une attention accrue pour notre contexte actuel.


Il y a deux ans, un tourbillon s'est saisi de mes corps dans cette zone du Débarquement. Il grandit en un vortex qui, régulièrement, me rappelle pour être nourri autant qu'il me nourrit. Un champs de force où s'entrecroisent les lignes de temps. Où se rencontrent les histoires, la grande Histoire et l'implacable danse des grands archétypes qui animent notre marche sur terre.


Les archétypes,

leurs schémas,

leurs prises sur nos destins,

tandis que respirent nos pas...



DONNER CORPS AUX PRÉSENCES DU PASSÉ

m'est devenu un processus indispensable et, par ricochet, à l'émergence d'aspirations plus larges, au croisement de la dévotion, la création et l'engagement politique.


Ce qui m'intéressait dans mes études d'Histoire, ce n'était pas tant ce qui s'est passé, quand et comment. Mais plutôt comment ça a impacté la vie.

Qu'est-ce que ça fait un événement ou non-événement notoire sur la trajectoire intérieure et extérieure des gens ?

J'ai une insatiable curiosité pour les récits de famille, la lecture de correspondances ou de journaux personnels. Le contact avec les objets, la parole des lieux, leur personnalité. Autant que pour les témoignages de mes amis sur ce qui secoue actuellement leur bout de terre, là-bas... si loin... si proche de mon humanité.


Tenter de saisir le ressenti des autres est ce qui me relie le mieux au vivant. Les courants électriques de l'énergie qui me traverse alors me replacent instantanément au cœur du grand continuum dans lequel nous marchons.


Au fil de ces explorations, le besoin de tout comprendre, de tout savoir s'estompe. Car à mesure, apparaît


le Mystère,

insaisissable,

reposant.


Les pieds dans ce sable, et dans toutes traces, c'est l'actualisation délicieuse de quelque chose de fondamental qui résonne en moi et me dépasse complètement. N'existent plus que


ma danse

mon souffle

ressentis et émotions

frissons de mon être quand passent d'autres âmes qui veulent aussi

danser

respirer

et, par touches,

parler.


Je donne terre à toutes les énergies flottantes grâce à l'antenne que je suis. C'est mon offrande. Ma reconnaissance. Et chaque fois un échange à double-sens qui me permet de mieux me connaître dans l'altérité, qu'elle soit traçable dans mon ADN ou complètement éloignée. Peu à peu, je sens se réveiller le savoir profond qui vit là, tapi dans les recoins de mon être.

  

Quelque chose de très ancien, aquatique et osseux, vit à l'intérieur de ma contemporanéité. Me parle de l'universalité qui pulse en chaque individualité et me laisse entrevoir certains de ses fils.


L'Histoire, ni chronologie, ni divertissement.

Corps, matières et lois.

Joies, souffrances et choix.

Nuances et interstices.

Amour ininterrompu, poussée de vie...



UN CORDON OMBILICAL NOUS RELIE

À travers le temps et l'espace.

Rempli de sang.

Rempli de nutriments.

Organique...





Est-ce que tu respires avec moi ?

Est-ce que tu sens les carrefours qui se réveillent en toi ?


Je donne corps à l'Histoire, passée et présente, pour ne pas sombrer dans l'apathie, sous influence de l'anesthésiant ambiant fait de divertissement, hyperstimulation et invitation constante au délogement corporel.


Pour honorer le commun qui relie générations à générations, peuples à peuples. Ça me donne le courage d'aller regarder ce qui me fait peur, et m'ouvre aux paradoxes. Je découvre qu'une place m'attend autour de ce feu virulent, j'apprends à m'y asseoir. Tremblante, humble, perdue, reconnaissante. Reconnue.


Dans le bleu roi des flammes, danse un avenir qui exige que le passé soit vu et ressenti, que le présent soit pleinement habité. Et que de cette présence, se déploie un espace ouvert, où coulent des rivières, où errent visions, espoirs, possibles,

où apparaissent des paysages,

des visages,

le mien...


le tien...


avec ses respirations, corps,

en présence, reliance...


Si maintenant tu approfondis ton souffle, que tu t'étires...

que tu reviens à tes sens habités, ton imaginaire encore bien disponible,

est-ce que tu peux sentir que ton existence en ce monde est le fruit d'une chaîne de milliers de rencontres fertiles ?

que l'espace dans lequel tu te trouves est le fruit de constructions, aménagements, passages de millions d'autres personnes ?

que, comme toi, des milliards d'autres êtres partout respirent, aiment, veillent ou dorment, pleurent, célèbrent, défendent ou maudissent ?


Et est-ce qu'intuitivement, t'apparait un lieu, un élément de nature, une photo, un objet qui te relie à ton passé ou celui de l'humanité, pour lequel tu as l'élan de bouger ton corps physique ? De rire joyeusement ou verser des larmes émues ? Dont tu voudrais parler avec d'autres ? Pour lequel tu voudrais prier ou te recueillir ?


Est-ce que tu peux appliquer ces mêmes questions à un élément de ton présent ou celui de l'humanité ?


Est-ce que tu peux appliquer ces mêmes questions à un élément de ta vision d'avenir ?


Chaque personne est différente. Comment l'antenne que tu es prend-elle part à cette grande danse?


Porté.e.s par les courants, nous traçons une suite à l'Histoire. Que la pratique incarnée du souvenir soit le terreau d'une création active, impliquée, qui nous ressemble et nous unit.


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